1.28.2005

Les désaccords entre le Pape et l'Europe

Hervé Yannou (Le Vatican)
[LE FIGARO, 28 janvier 2005]

Les tensions avec l'Espagne ne sont que l'illustration d'un ensemble de points de discorde plus vastes qui provoquent des divisions entre le Saint-Siège et de nombreux gouvernements européens.
Diplomatiquement, le Vatican considère cette crise hispano-vaticane à sa juste hauteur. Hier, une déclaration du porte-parole, Joaquin Navarro-Valls, prenait acte «avec satisfaction» de la volonté du gouvernement espagnol «de garder une entente fructueuse avec l'Eglise à travers un dialogue permanent inspiré par le respect réciproque». Des propos à lire entre les lignes qui sonnent comme un avertissement. Et comme une crainte aussi, alors que les élections au Portugal, le 20 février prochain, pourraient être favorables au leader socialiste José Socrates, qui se situe dans la droite ligne du gouvernement espagnol en matière de libéralisation des mœurs.
Concernant l'euthanasie, un autre avertissement a été lancé quelques jours plus tôt aux Pays-Bas, par Jean-Paul II lui-même. Recevant le nouvel ambassadeur des Pays-Bas, Monique Frank, le Pape a clairement reproché à son gouvernement d'avoir instauré «une politique nouvelle en matière de législation concernant le commencement et la fin de la vie humaine». Les Pays-Bas ont été, en effet, le premier pays à légaliser l'euthanasie en avril 2002. A cette époque, déjà, le Vatican, comme l'a rappelé Jean-Paul II, n'avait pas manqué «de faire connaître sa claire position». Mais l'attention portée à l'institution catholique n'est pas la même en Espagne et aux Pays-Bas.
La voisine Belgique, qui partage avec la Hollande le droit de pouvoir marier des couples homosexuels depuis 2003, s'est, elle aussi, placée dans la ligne de mire pontificale. La question homosexuelle est justement celle qui a valu son poste de commissaire européen à l'italien Rocco Buttiglione, pour avoir tenu, en novembre dernier, des propos jugés discriminatoires contre les homosexuels et les femmes. Le ministre italien aux Affaires européennes avait alors vertement protesté contre une «nouvelle inquisition».
La laïcité est en toile de fond de ces tensions. Le cardinal Joseph Ratzinger, «gardien de la doctrine de l'Eglise», a souligné à plusieurs reprises qu'une partie du continent européen est en train de passer «d'une culture chrétienne à une sécularisation agressive par moment intolérante». Ce même cardinal considère aussi qu'en Europe, la laïcité se transforme en une «idéologie qui s'impose par le biais du politique». Ce point a provoqué l'an dernier de sérieuses tensions entre le Vatican et la France.
Enfin les questions de bioéthique restent toujours présentes. Le cardinal Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne, a appelé il y a une semaine les catholiques de la péninsule à s'abstenir en cas de référendum sur la loi sur la fécondation médicalement assistée, contestée depuis sa promulgation en 2004.
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